Sport et souveraineté productive pour un «Made With Africa» non négociable

Par Souad Soulimani
Article paru dans Le Figaro

Le forum Choiseul Africa. DR
OBSERVATOIRE DU SPORT BUSINESS – À moins de 2 semaines du match d’ouverture de la Coupe d’Afrique des Nations, tous les regards du sport africain se tournent vers Rabat. Passer la publicité Passer la publicité

Au-delà de cette compétition continentale, c’est bien la co-organisation de la Coupe du Monde 2030 qui est de nature à renforcer les intérêts économiques de bien des acteurs mondiaux en général et donc européens en particulier. Révéler, connecter, inspirer les décideurs qui font l’Afrique de demain, toute une ambition qui passe par le Maroc !

Déjà le mois dernier, le forum Choiseul Africa s’était articulé autour de la co-industrialisation, de la souveraineté productive et de l’innovation partagée. En plaçant le sport au centre, le Maroc entend démontrer que l’organisation d’un grand événement ne se limite pas à accueillir des matches, mais à reconstruire des chaînes de valeur industrielles, à développer des compétences locales, à engager des partenariats durables. Passer la publicité

Selon Mouad HAJJI, coordinateur général de l’Unité Business de la Coupe du Monde à la Fédération Royale Marocaine de Football, cette compétition «agit comme un catalyseur et non un point de départ de la vision à long terme du Maroc en matière d’infrastructures et de développement social, portée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI». De son côté, Ahmed Bennis, Directeur général de Tanger Med Zones, a rappelé le rôle stratégique du port de Tanger-Med comme plateforme de chaînes de valeur globales et d’émergence d’une Afrique souveraine, industrielle et connectée.

Dans ce cadre, le sport se lie à la souveraineté de manière indissociable : souveraineté productive (avoir les capacités de fabriquer, concevoir, gérer localement), ouverture maîtrisée (intégration aux chaînes mondiales, accueil des partenaires étrangers), et valorisation des territoires.

Créer des «alliances de long terme». DR

Le modèle marocain cherche à créer des « alliances de long terme », fondées sur le partage de la valeur et la co-décision. Ce qu’il faut retenir : nous ne sommes plus à un tournant comme on l’a trop souvent entendu sur les plateaux TV. Le Royaume incarne le tournant impactant d’une Afrique cheffe d’orchestre. Ce changement de paradigme peut soulever deux questions centrales : Comment articuler souveraineté productive et ouverture maîtrisée ?

Il ne s’agit pas de se replier, mais de coopérer tout en gardant une maîtrise stratégique comme l’ont rappelé plusieurs intervenants à Rabat notamment le Ministre de l’Industrie et du Commerce Ryad Mezzour.

Autre interrogation : comment mutualiser les chaînes de valeur tout en gardant le pilotage stratégique ?

Autrement dit : comment faire en sorte que les retombées économiques ne soient pas seulement captées par des acteurs étrangers ou concentrées dans les grandes villes, mais qu’elles irriguent l’ensemble du territoire et bénéficient à la jeunesse ? Ce défi est immense et nous oblige toutes et tous à être en action et en position de faire. Construire. Bâtir. Ces réflexions sont cruciales pour que le sport-business ne reste pas un symbole, mais devienne un moteur de transformation sociale et économique sur le long terme pour une terre d’histoire et qui ne craint pas les défis. Le Maroc s’affiche sans complexe comme le pilier d’une Afrique pleinement active et ça fait du bien. C’est d’ailleurs ce qui est ressorti de l’échange très instructif entre Yves Thréard et Yasmina Asrarguis qui ont évoqué ce mercredi l’avenir du Royaume, de sa jeunesse et de sa puissance stratégique. Car désormais il faut l’acter et l’accepter : l’Afrique est actrice, plus seulement spectatrice de son histoire, de son présent et de son avenir. Passer la publicité

Le positionnement du Maroc ne se limite pas à son territoire. En co-hôte de la Coupe du Monde 2030, le Royaume joue un rôle d’interface affichée entre l’Afrique et l’Europe, entre le nord et le sud de la Méditerranée. Le sport devient vecteur de diplomatie, d’attractivité et de rayonnement. L’Afrique : pas un continent destinataire mais un continent partenaire. Acteur. Leader.

Un levier pour l’innovation sociale et la jeunesse. DR

Pour la génération Z marocaine et plus largement africaine, le sport offre un terrain d’innovation sociale : startups dans le sport-tech, services associés à l’événement, tourisme sportif, logistique, infrastructure… Rien ne doit être négligé.

Le Maroc veut que cette dynamique ne se cantonne pas à quelques semaines de compétition, mais qu’elle s’inscrive dans le quotidien des jeunes. Ce message a été porté par les voix ministérielles présentes à Rabat sous le regard attentif et engagé de l’ambassadeur de France au Maroc Monsieur Christophe Courtier. Car oui, il s’agit d’un pari sur le long terme : que ces infrastructures, ces compétences, ces réseaux créés soient durables, utiles, et générateurs d’emplois.

Le poids du sport au Maroc. DR

Sur le risque de polarisation qu’il faut anticiper : les grands investissements peuvent en effet bénéficier aux grandes villes et aux régions bien desservies, tandis que les zones périphériques restent à l’écart. Ce point est à intégrer dès à présent pour que tous les Marocains restent au cœur du dispositif. Il faut compter sur l’implication de la jeunesse et de la société civile : la génération Z exprime aussi des attentes fortes et légitimes en matière d’emploi, de justice sociale, de gouvernance.

Le sport-business ne peut remplacer un projet de société global

Ces deux jours ont aussi été l’occasion de revenir sur le défi de la durabilité : les stades, infrastructures, services doivent être intégrés à des usages pérennes au-delà de l’événement. Le Choiseul Africa aura permis un brainstorming collectif et une démonstration d’unité de l’Afrique avec des intervenants de qualité et de réelles expertises. Le Maroc, à travers le prisme du sport et de la société, incarne une réalité puissante et impactante : il n’est pas un élève ou spectateur de plus. C’est l’acteur majeur d’un continent africain qui se réinvente, se construit et se prend en main avec fierté et sens des responsabilités.

La victoire de la génération U20, la reconnaissance internationale de la souveraineté marocaine dans le Sahara, l’organisation du forum « Made With Africa », et l’engagement dans le sport-business pour 2030 forment les briques d’un récit cohérent qu’on veut continuer à écrire et partager collectivement. Pour Fouzi Lekjaa, président de la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) «L’état d’esprit pour démystifier l’histoire du football» confirmant qu’après le sacre des U20, le Maroc se lance à la conquête du monde.

Le défi est désormais de rendre ce récit concret, durable, inclusif. DR

La génération Z marocaine et plus largement africaine a toute sa place et sa voix compte et pèse car elle dispose désormais d’un terrain de jeu nouveau. Et le monde observe. Avec attention et pour ma part, avec admiration. Illustration de cette ambition, l’Africa Sports Expo accueillera un forum international pour aborder le sujet stratégique des infrastructures sportives. Entre modernité, durabilité et ancrage territorial, le stade Hassan 2 de Casablanca sera mis à l’honneur en tant que symbole d’innovation, d’urbanisme et de rayonnement.

Alors oui… sur et hors des terrains, encore et toujours, Made with Africa et Dima Maghrib !


À propos de l’auteur :
Souad Soulimani est membre de L’Observatoire du Sport Business depuis 2016. Fondatrice de MediaSpoliS spécialisée dans l’éducation aux médias et la production de contenus dédiés au leadership féminin, elle est également présidente de Radio Déclic qui donne la parole aux habitants des quartiers populaires sur des sujets sociétaux majeurs.

Article à retrouver sur le figaro.fr